La télé-réalité : copie conforme des marchés financiers

La télé-réalité : copie conforme des marchés financiers

La télé-réalité reflète-t-elle le triste virage que prend notre société ? Les valeurs traditionnelles du monde occidental héritées de Platon ou encore Descartes ont-elles disparu ? Il est vrai que la réflexion, la pudeur ou encore la recherche de l’essence des choses sont malheureusement tour à tour broyées par les émissions de télé-réalité. En parallèle, le tournant économique que prennent nos sociétés, avec notamment la financiarisation de l’économie prouverait que la télé-réalité n’est pas une exception. En effet nous verrons que le système financier ressemble en beaucoup de points au système de la téléréalité … ou plutôt que la téléréalité suit le modèle imposé à tous par la finance. 

Les stars de la télé-réalité sont victimes de la même tragédie que les produits financiers : les bulles spéculatives…

Jetons un œil à la définition Wikipédia d’un actif financier : « titre ou un contrat, généralement transmissible et négociable, qui est susceptible de produire à son détenteur des revenus et/ou un gain en capital, en contrepartie d’une certaine prise de risque. » Vous comprenez sans doutes où on veut en venir. À partir du moment où les petits génies qui passent à la télévision vendent leur pudeur pour quelques milliers d’euros, on peut estimer qu’ils sont réduits au statut d’objet. Plus encore, alors que ces mêmes personnes se ridiculisent publiquement pour finalement tomber dans l’oubli – on parlera par la suite des dépressions et autres – ils sont entièrement à la merci des lois du marché.

Anaïs, gagnante de la saison 7 de Secret Story aurait reçu un cachet de 18 000€ pour sa participation dans les Anges de la Téléréalité 6, et de 25 000€ en tant qu’égérie d’une marque de chaussure. C’est un des produits phares du marché de la télé-réalité. Mais voilà, ce n’est pas si simple. Avant elle, d’autres candidates ont connu ce succès et sont aujourd’hui en dehors du marché. La spéculation fait rage.

La plus grande tragédie des les marchés financiers sont les bulles spéculatives, à savoir un niveau de prix d’échanges sur le marché excessif par rapport à la valeur financière intrinsèque des biens ou actifs échangés. Et il semble bien que ce phénomène se reproduise dans le monde médiatique. Autrement dit, des micro-crises composées d’un engouement trop important pour une star, suivie de la déception et du désintérêt brutal du public secouent aussi bien le monde de la téléréalité. Nabilla, victime d’un engouement qu’il faut bien qualifier d’insensé : elle a juste dit « Allô », a vu son melon grossir comme une bulle gonflerait, a perdu les pédales, et se retrouve à poignarder son compagnon sous l’emprise de la drogue. Certains « fans » s’accrochent encore à elle, mais la télévision la refusera, à moins qu’elle ne parle du scandale.

Vous rappelez-vous de Senna ? Mais si, ne soyez pas de mauvaise foi, Senna a fait cette super musique, qui a connu un grand succès, proportionnellement à sa qualité :

Sofiane aussi, on s’en souvient : « Dingue dingue de toi, Nabi-Nabilla », sauf qu’aujourd’hui tout le monde se fout royalement de ce qui occupe actuellement leurs journées. Il a fait un buzz sur youtube grâce au bouche à oreille – 1ère phase de la bulle spéculative – mais n’ayant pas vraiment les qualités d’un musicien, tout le monde s’est bien rendu compte que c’était de la merde.

Finalement, si le public s’emporte pour un candidat de télé-réalité, prêt à dépenser son précieux argent pour pouvoir continuer à le voir sur son petit écran, il s’en désintéresse aussi vite. De nouveaux candidats, de plus en plus…. intéressants ? apparaissent sur le marché, et la curiosité qu’ils éveillent en nous est comparable à l’appât du dividende d’une action sur les marchés financiers.

Leurs producteurs et agents : des traders du show-bizz

Continuons la comparaison : si les stars sont en quelque sorte les actifs financiers de la télé-réalité, les producteurs, comme les agents artistiques, en sont alors les traders. Ils parient sur des candidats, dépensent des sommes pharaoniques pour les mettre en valeur et espèrent en tirer des bénéfices exorbitants. Il faut savoir dans un premier temps qu’un agent touche en général 10% du cachet perçu par la star dont il s’occupe, en plus des frais versés par cette dernière. Qui ne rêve pas de posséder 10% du capital d’une entreprise qui fait de gros bénéfices ?

Ce n’est pas Jérémy Michalak, producteur des Anges de la Téléréalité qui nous dira le contraire : la surchauffe pour l’action Nabilla et sa marque déposée « Non mais Allô quoi » ont permis à l’émission de passer de moins de 500 000 téléspectateurs au million depuis la saison 5 (celle où Nabilla a participé).

Enfin, tels des traders de haulte voltige, ils établissent une forme de gestion de portefeuile quand on s’intéresse à la répartition des salaires des candidats : Amélie Netten, qui ne semble vivre qu’à travers l’émission de NRJ12, se voit attribuer 40 000 euros tandis que Vivian (mais qui est donc cette personne vous demandez-vous) gagne la modique somme de 15 000 euros : certains actifs sont plus risqués et rapportent plus que d’autres.

Dérives financières et déboires de la télé, des tares communes

Il n’y a pas que sur les principes que la téléréalité s’apparente au monde de la finance. Ces deux mondes que tout semblait éloigner ont les mêmes tares.

L’argent, encore et toujours

Pourquoi montrer ses fesses et son absence inquiétante de neurones à la télévision ? Pourquoi financer un programme débile plutôt qu’un reportage sur la biologie sous-marine ? N’allez pas nous dire que c’est autour d’une passion pour la connerie que se réunissent nos candidats d’émission de télé-réalité ! À Secret Story, c’est un salaire variant de 500€ (pour une semaine de participation) à près de 200 000 euros tout compris (pour le gagnant) qui est en jeu. Un candidat des Ch’tis gagne entre 3000 et 6000 euros, et quelque soit l’émission à laquelle ils participent, leur notoriété leur rapporte plus gros encore par la suite. Les boîtes de nuit, médias et marques investissent des centaines voire des milliers d’euros pour l’apparition d’un candidat.

 En ce qui concerne la finance, pas besoin de préciser que pour supporter une pression constante et pesante, le salaire est une motivation généralement à la hauteur, atteignant facilement les 100 000€ par an. À noter que ceux qui travaillent dans la finance trouvent tout de même un intérêt pour cet aspect de l’économie aussi intriguant qu’omniprésent, tandis que les candidats de télé-réalité trouvent un intérêt … dans leur propre personne. Voilà, c’est dit.

L’attrait pour les substances illicites 

Bon, ce n’est pas un secret, la fameuse pièce où les candidats se cachent un par un dans le jardin de la maison des secrets est en réalité … un fumoir ! Grand Dieu ! Les habitants fument ! Si seulement ils s’arrêtaient là… Joints, cocaïne et autres touchent autant voire plus les candidats de télé-réalité que les autres « teufers » des temps modernes. Plus précisément, ces substances, illicites rappelons-le, leur font plus de mal que de bien. Entre Nabilla qui poignarde son compagnon pour un téléphone et Loanna qui tente pour la énième fois de se suicider, il y a urgence ! Ils deviennent plus débiles les uns que les autres.

Le culte de l’apparence

Comme nous l’avons évoqué, les candidats s’aiment, pas entre eux bien entendu, car le clash est le mot d’ordre de la téléréalité. Non, ils aiment leur physique, leurs « valeurs » et « principes » ainsi que s’entendre crier des horreurs grammaticales. Quel rapport avec la finance ? Rassurez vous, ce n’est pas le port du costume dans une banque qui va ici être remis en question.

Un actionnaire se fiche souvent des valeurs d’une entreprises, de sa stratégie de développement, du bonheur de ses salariés, ce qu’il veut, ce sont des dividendes. Le comportement des agents financiers face aux produits dérivés, aux obligations ou aux titres financiers divers est du même acabit.

La titrisation par exemple, qui consiste à regrouper divers titres financiers en un seul « package » souvent très opaque sur ses composants d’origine – comme les lasagne Findus – a violemment remis en question cette forme de superficialité dans le monde financier. En effet, les agents ne cherchent pas à comprendre, ils adoptent un comportement grégaire : si les gens veulent de ce titre, qu’il a eu une bonne note et qu’il a l’air d’être une affaire – sentiment dont on ne peut expliquer la cause – alors c’est un bon titre. Bah oui mais non ! 2008 : Boum ! La crise des subprimes s’enclenche : on découvre que tous ces titres achetés sont en fait des créances de dettes qui ne pourront jamais être remboursées.

Comme le dit si bien la voix : « Méfiez-vous des apparences ».

L’apogée du non sens

Parlons des produits dérivés… Heineken investit dans des produits dérivés pour se protéger de la température en Jamaïque : plus il fait chaud, plus les Jamaïcains, comme partout ailleurs, consomment des bières. Or, si les températures sont en deçà des normes de saison, les pertes seront compensées par l’émetteur du produit dérivé. Cet exemple est amusant, mais savoir que l’air, l’eau, les mouches et autres sont devenus des produits financiers inquiète et sidère. Pris dans la logique financière, le monde économique ne se rend plus compte de l’absurdité, pourtant évidente, des innovations récentes. Les analystes mettent en garde, il faut rester connecté à la réalité pour éviter de nouvelles crises.

Toujours aussi absurde, Jeremstar, l’analyste en chef de la téléréalité a pour métier d’interviewer dans sa baignoire des personnes qui n’ont strictement rien à raconter. Au delà de ça, la téléréalité, contrairement à ce que son nom indique, est tout sauf réaliste. Mais quelle idée de filmer 24/24h des gens qui font semblant de vivre leur vie, se disputent sans aucune raison, et gagnent bien plus d’argent que ceux qui travaillent et participent à l’harmonie de notre société ?

Conclusion sordide…

Le progrès, c’est peut-être le propre de l’homme mais à vouloir nous approcher du Soleil, nous nous brûlons les ailes – métaphore des valeurs pour les uns, des vêtements pour les autres – …

C’est tout, pour le moment…

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