Prix de la vie : Que valons-nous ?

« Une vie ne vaut rien, mais rien ne vaut la vie », « La vie n’a pas de prix ». De l’ancien ministre de la culture et écrivain André Malraux au petit bobo parisien refaisant le monde, tout autant de dictons et citations populaires qui s’avèrent totalement faux. En effet, des mafias aux assureurs, tous estiment un prix de la vie. Des millions pour un touriste occidental ou américain victime d’une catastrophe, 25 $ pour louer un enfant mendiant en Thaïlande, 45 $ pour un enfant esclave indien ou 600 $ pour un petit Rambo au Mali. Des chiffres tout autant sordides quand on sait qu’un buffle coûte dans les 300 $ sur les marchés indiens et qui montrent les situations très variables d’un pays à l’autre.

46 millions d’esclaves dans le monde, 46 millions de trop.

Il n’y a pas un prix, mais des prix de la vie humaine qui résultent du phénomène chance au moment de notre naissance. Au-delà des tarifs affichés par les trafiquants réclamant dans les 50 000 $ pour faire venir une prostituée nigériane sur nos chics trottoirs occidentaux ou encore 6 100 $ pour un petit garçon chinois (500 $ pour les filles), le prix de la vie humaine s’utilise et se calcule tous les jours, que ce soit en cas d’indemnisation après un accident ou pour juger si certains investissements sont profitables ou non. Dernièrement sortie, une  étude a montré que le prix de la vie humaine était égale à 120 fois le PIB du pays d‘origine de la victime ; ce qui nous amène à dire que la vie d’un burkinabé, estimée dans les 200  000 $, vaut 25 fois moins que celle d’un con de Français.

Lorsque les gens souscrivent une assurance décès, ils évaluent la valeur économique de leur propre vie. Le but est qu’en cas de mort accidentelle (les suicides sont souvent exclus des clauses de contrat), la famille puisse percevoir, à peu près et pendant un certain temps, une somme d’argent similaire à celle qu’elle aurait perçue si le défunt était toujours là. En cas d’indemnisation des familles après un accident où un tiers est en faute, le principe de calcul reste similaire et souvent très controversé. Suite au 11 septembre, c’est l’avocat Kenneth Feinberg qui avait la mission peu enviable de déterminer les indemnités compensatoires distribuées aux familles des victimes, le critère étant : combien le défunt aurait-il gagné s’il avait vécu le reste de sa vie ? Chaque famille ne recevra donc pas la même somme. Suite à la disparition du vol MH370 de la Malaysia Airlines, les familles des passagers américains ont reçu 4 millions de dollars, celles des européens, 500 000 dollars, et bien moins pour les passagers chinois. Aucun standard international n’existe pour évaluer les montants à verser aux familles. Seul un cadre juridique a été fixé. Un crash de passagers occidentaux coûte plus cher à la compagnie qu’avec des passagers issus des pays émergents. Le prix du billet est le même pour tout le monde, pas le prix de la vie des passagers.

L’affaire Malaysia Airlines aura touché le monde entier

 

Fixer un prix à nos vies est un débat qui soulève régulièrement de nombreux tabous moraux et éthiques mais qui est nécessaire au bon fonctionnement de nos sociétés. Ces calculs macabres se justifient du fait que les fonds publics ne sont pas illimités, nos ressources publiques doivent être utilisées intelligemment pour optimiser au mieux les investissements. Dépenser des millions dans un projet qui sauve peu de vies, c’est également empêcher un projet plus efficace d’en profiter. Ainsi, la question quant aux prix de nos vies, ne se pose plus seulement lors de débats télévisés d’intellectuels, inaccessibles pour le commun des mortels. La réponse est monétaire. En France, notre vie est estimée à environ 3 millions d’euros. Ces chiffres qui fuitent peu, sont très sérieux et figurent dans le rapport «Eléments de révision sur la valeur de la vie humaine», estampillé du sceau «République française », des  chiffres clés utilisés chaque jour pour mesurer la qualité d’un investissement. Ce sont les secteurs de la sécurité routière et de la santé qui s’en servent le plus. Quelques exemples. Abaisser à 30 km/h  la vitesse autour d’une école abaisse le taux de mortalité mais on perd du temps. Et le temps, c’est de l’argent. Certes sinistres, toutes ces stratégies fixant un prix à la vie permettent de maintenir à flot la santé économique du pays. Dans certains cas, on va pouvoir estimer à partir de combien de victimes un projet devient rentable ou non. L’utilisation de tels procédés se banalise et est désormais quasi-systématique. Les pompiers l’utilisent par exemple pour développer de nouveaux systèmes d’intervention. Il revient alors à se demander sinistrement si les potentiels gains en termes de vies sont supérieurs au coût de l’investissement.

Catalogue de Noël version Etat Islamique

Dénoncé par Zainab Bangura auprès du site Bloomberg puis confirmé à la suite d’une enquête de l’ONU, un catalogue répertorierait l’ensemble des prix de vente de jeunes femmes, parfois de fillettes, en fonction de nombreuses conditions. Ce catalogue rassemble les femmes dont les chefs de l’EI n’ont pas voulu, ce sont en général les premiers à se servir. « Les filles sont vendues comme des barils de pétrole ». Pour une mineure, le prix se monnaye dans les 150 000 dinars irakiens (environ 110 euros), le fait qu’elle soit vierge faisant augmenter le prix. Nombreux sont les enlèvements dans les pays où l’EI est fortement implanté, soit échangées contre d’importantes rançons ou absorbées dans les sinistres bas-fonds du trafic humain, ces pauvres jeunes filles sont une source importante de financement pour ces groupes terroristes. Si vous connaissez l’un de ces monstres et que l’envie vous prend de l’envoyer 7 pieds sous terre, c’est désormais possible grâce aux services proposés par certains sites russes ou tchéchènes. Lisez la suite.

 

VIE russe 3

Far-West version russe

Souvent cachés dans les méandres du darknet, ces tueurs à gages 2.0  étalent désormais leur large gamme de services sur Internet comme sur le site russe zakazat-kilera, sans que l’on ait à télécharger Tor. Transparents, il n’y a plus qu’à faire le choix de la prestation souhaitée, de la liquidation classique pour quelques centaines d’euros en fonction du site, aux bonus de 50 euros par os cassé, tout en passant par le Chiropractor à 580 €. Les options se suivent et ne se ressemblent pas ; forcer la victime à creuser sa propre tombe, organiser son viol au préalable sont toutes autant d’options disponibles pour quelques billets supplémentaires. Cette pratique encore peu répandue dans nos pays « civilisés » bat son plein en Russie où les exécutions de civils sont monnaie courante. Ces tueurs professionnels sont souvent issus de la pègre de l’Union soviétique des années 80/90. Il était souvent difficile de trouver un emploi à cette période, beaucoup ont dû se rabattre sur un domaine qui n’a cessé de payer depuis les temps les plus anciens, le crime.

 

VIE conclu 4

 

Dans une société où tout se monnaye, où les pires insanités peuvent être commises tant que l’on a les moyens, de nombreuses autres questions émergent également suite à ces débats sans fins. De nombreuses études se sont développées dernièrement sur la projection d’éventuelle pandémie par exemple, en accord avec le Comité National Consultatif d’Ethique. Est-ce qu’au sein d’une même population toutes les vies sont aussi égales ? Le temps qu’un vaccin soit produit à grande échelle, vaut-il mieux sauver un jeune de 20 ans en pleine santé ou un individu aux cheveux grisonnants avoisinant la soixantaine ? Du tirage au sort à la hiérarchisation sociale, tout autant de solutions sinistres, qui répondent à des questions concernant chaque citoyen mais qui restent finalement très confidentielles, fuitant peu, de peur d’enflammer le dancefloor politique.

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