Merci Paul Ricard !

«Brrr, c’est infect ! ». C’est ce que Snoop Dogg déclara au journaliste des Inrocks lorsque celui-ci voulut l’initier aux délicieuses joies du Ricard. Cet amateur de gin and juice n’a tout simplement rien compris, les papilles surement trop irritées par sa surconsommation de blunts. Rien cependant ne vous empêche de continuer à écouter Gangstas Don’t Live That Long ou de rester pote avec lui. Bref.

Il est vrai que depuis les temps les plus anciens, en passant par la Guerre froide, le monde a souvent été divisé en deux blocs et l’est encore aujourd’hui :

les buveurs de Ricard et les autres.

 

Petit interlude historique : une success story à la française

L’absinthe connut un succès fulgurant au début du XXème siècle mais devint vite le nouveau bouc émissaire de la lutte antialcoolique, souvent accusée de provoquer des intoxications ou de plonger ses consommateurs réguliers dans de profondes folies. Demandez à Van Gogh. La première guerre mondiale va donc sonner l’arrêt de cet anisé populaire de l’époque, mais aussi de tout alcool titrant plus de 16°. Il faudra attendre 1920 pour pouvoir renouer avec les alcools jusqu’à 30°. Mais la tradition festive de l’anisé, toujours interdit, va persister grâce à une petite vague révolutionnaire avec, à sa tête, notre cher Paul Ricard, alors âgé de 23 ans.

Durant un an, enfermé dans son labo, il façonne son œuvre, décortique méticuleusement chaque arôme, harmonise et met au point de nouvelles méthodes d’extraction et de macération. Son objectif : restituer la pureté de l’anis. Il utilisera la réglisse pour la rondeur et de nombreuses herbes de Provence pour exalter l’anis. Il bravera les autorités pour le commercialiser malgré l’interdiction. Paul Ricard sera de nombreuses fois mis à l’amende pour le bien de tous. Merci.

Il faudra attendre 1932 pour que la magie opère, et plus précisément le 7 avril (jour désormais férié à Marseille) pour que Paul Ricard obtienne son autorisation d’exploitation. Les amendes sont transformées en taxes. Il lui donne alors son nom, « Ce sera Ricard, le vrai pastis de Marseille ».

« Sur de la grande qualité de mon pastis et fier de son goût unique, j’engage mon nom pour votre plaisir » Paul Ricard

Paul RICARD aura commercialement trois ans d’avance sur la concurrence. Le succès est au rendez-vous.

En 1938, l’autorisation de porter la teneur d’alcool du pastis à 45° est accordée ! Cette élévation de l’alcool est déterminante pour les fins connaisseurs car une plus grande quantité d’essence d’anis peut être dissoute, donnant plus de saveur et de charme au produit.

En 1968, désireux de laisser la place aux jeunes, Paul Ricard quitte la direction alors que les ventes battent des records. Legends never die.

PERNOD, autre grand standard de l’époque, engage alors la riposte et sort son 51 avec l’appellation «PASTIS DE MARSEILLE». La guerre est déclarée jusqu’en 1974 où un rapprochement et une fusion ont lieu, sous l’impulsion des dirigeants des deux entreprises, valant mieux s’unir pour croître encore. Le groupe PERNOD RICARD aura le succès et la croissance qu’on lui connaît. Il verrouillera définitivement le marché en termes de volume de vente, même si depuis, de nombreux pastis aux multiples saveurs provençales et aux influences lointaines ont vu le jour (le fameux Henri Bardouin et ses 65 plantes et épices).

De De Gaulle à Hollande, ils peuvent tous remercier Paul Ricard, leurs gouvernements s’en sont mis pleins les poches. Il faut savoir que 70% du prix de chaque bouteille de Ricard achetée finit dans les caisses de L’Etat. En France, acheter une bouteille de Ricard 18,5€ chez certains, équivaut à renflouer les caisses de L’Etat de presque 13€. 42 millions de litres de Ricard sont consommés en France chaque année, plusieurs millions qui partent directement dans les caisses ! Chaque bouteille est taxée à sa façon en France, on monte à 84% pour les bouteilles de whisky. Près de 650 millions de litres d’alcool sont écoulés sur le sol Français chaque année, et plus de 350 millions d’euros sont ainsi reversés à l’Etat.

Petit break économique : PERNOD RICARD, un exemple à suivre pour de nombreuses entreprises

Le Groupe Pernod Ricard s’est peu à peu développé, présenté aujourd’hui comme le co-leader mondial du marché du Vins et des Spiritueux aux côtés de Diageo (à qui l’on doit aussi de nombreux blacks avec ses bouteilles de Ballantine’s) et devant Bacardi-Martini. Pernod Ricard est un groupe décentralisé, de plus de 18000 collaborateurs dans le monde, avec un chiffre d’affaires s’élevant à plus de 8,5 milliards d’euros sur l’année 2014/2015, avec 2,4 milliards de résultat opérationnel. Pernod Ricard est coté sur Euronext et fait partie de l’indice CAC 40. Ce Groupe, c’est aussi 85 filiales, réparties sur 101 sites de production.

Très bien implanté à l’international, leader sur de nombreux marchés asiatiques comme la Chine et l’Inde, Pernod Ricard est l’un des groupes les mieux positionnés pour bénéficier au maximum de la croissance actuelle de ces marchés émergents, les plus dynamiques du secteur.

Sur l’année 2015/2016, les résultats sont tout aussi positifs et même plus qu’encourageants.  C’est grâce à de nouvelles initiatives que Pernod Ricard peut se vanter d’afficher un chiffre d’affaires de 8,7 milliards d’euros (+2% par rapport à l’année précédente) avec un résultat opérationnel qui s’élève à 2,8 milliards. Mais la meilleure nouvelle se trouve au niveau du profit net qui affiche une croissance de plus de 43% avec ses 1,2 milliards d’euros, avec des liquidités s’élevant à quelques 1,1 milliards (+31%).

« Il est certain que Paul Ricard était un chef d’entreprise visionnaire qui avait non seulement la faculté de croire en ses propres rêves mais qui, grâce à sa générosité, se donnait les moyens de les réaliser » Jean-Paul Richard

  

« J’ai retiré plus de choses de l’alcool que l’alcool m’en a retirées. » (Winston Churchill)

Le Pastis, c’est bon pour la santé !

Depuis le plus tendre âge, nos mamans nous baratinent sur le fait qu’alcool et santé ne font pas bon ménage. Il semblerait pourtant que le pastis fasse exception à cette règle !

La présence d’anis étoilé (badiane) lui confèrerait des propriétés curatives en cas de troubles intestinaux grâce à ses effets antispasmodiques. De vieilles grand-mères sudistes préconiseraient ce fameux remède. Boire un verre après le repas favorise nettement la digestion. Fait avéré.

Marre d’être chétif ? L’anis stimule l’appétit, calme les migraines et lutte contre la fatigue générale. Ses vertus apaisantes  en font également un bon remède contre l’asthme, la pharyngite, la bronchite et surtout contre la grippe grâce à la présence de composants communs avec le Tamiflu.

L’anis réduirait également les coliques des nourrissons, mais de là à généraliser avec le pastis…

« Le pastis permet de rendre l’eau potable. », autre citation de nos amis amateurs.

Nombreux sont les bars misant sur le Ricard, comme le merveilleux « Chez Tonton » toulousain.

 

Qui sont les plus gros consommateurs ? Les Marseillais ?

Le pastis reste bien évidemment très prisé dans le Sud avec une consommation moyenne par an, de 2L par personne. Chaque année, c’est donc près de 130 million de litres qui s’écoulent dans les gosiers desséchés des français, soit 4,2 litres de Pastis par seconde. Autour de 18,5€ en grande surface la bouteille de 0,7L, les prix en bars sont quant à eux très volatiles. Allant de 1,5€ dans certains PMU reculés jusqu’à 8€ au Hard Rock Café de Marseille (passé depuis peu à 4€ après les plaintes de nombreux marseillais), aucune fourchette de prix n’est établie, les gérants de bar se gavent. Le siège français, propre à la vente de Ricard, peut ainsi se vanter d’afficher un chiffre d’affaires de plus de 20 millions d’euros.

Aucune étude n’a encore été faite sur la consommation par région de ce délicieux breuvage mais ce sont les Nordistes qui s’imposent avec une des plus grosses consommations d’alcools forts en France, surement grâce à l’implantation de certaines Grandes Ecoles de Commerce dans le Nord et que les Chtis ont depuis toujours le sang chaud. 4,5L/an par personne ! Juste derrière nos amis les bretons et leur 4,8L ! (sachant que la moyenne nationale n’est que de 3,5L)

On ne citera pas le score de la Champagne/Alsace-Lorraine…

Les fameux chameaux livreurs de Ricard

Pourquoi choisir Ricard ?

« Depuis sa création, la mission de la marque Ricard est de rassembler autour de la fête, aussi bien en France qu’à l’étranger, du plus petit village à la grande ville. Elle entend apporter la joie de vivre, susciter l’optimisme et la convivialité en tout lieu et à toute heure » Jean-Paul Richard

Parce que Ricard est un symbole de valeurs citoyennes et d’entre-aide. En 1956, alors que la crise de Suez fait rage, que la pénurie d’essence bat son plein, sa « caravane pour la soif » ravitailla, à dos de chameaux, les cafés de Paris et ceux des grandes villes de France. Chapeau l’ami ! Le Pape Jean XXIII a lui-même en son temps approuvé la consommation de Ricard, baptisant une usine à Rome en 1961.

Parce que boire du Ricard force à la consommation d’eau. Et l’eau, c’est bon pour la santé ! Pour un volume de Ricard, il en faut 5 d’eau. En théorie…

De Marseille à Lille, la tradition de l’apéro est bien vivante : eau fraîche, anis et réglisse font bon mélange et continueront à le faire encore longtemps. Le Ricard a su s’implanter, faisant l’unanimité des générations, devenant une des bouteilles emblématiques de chaque bar, et ce, pas qu’en France ! Décidément notre petit jaune a encore un bel avenir devant lui, merci Paul Ricard !

 

PS: L’abus d’alcool doit se faire avec modération.

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