Les festivals : le business de l’été.

Assis dans l’herbe verte sous un soleil de plomb, vous profitez avec vos amis de l’ambiance de ce festival. Rock, électro, métal ou techno, peu importe le style pourvu qu’on ait l’ivresse. À votre poignet, un bracelet-ticket de plus que vous exhiberez fièrement sur la plage. Saviez-vous qu’un bracelet de ce type contient environ 2 000 staphylocoques, pouvant être à l’origine de furoncles et autres infections ? Sûrement, et vous vous en fichez. Car cela fait partie de l’ « authenticité » pour laquelle vous avez payé, et avec un chiffre d’affaires s’approchant du milliard d’euros pour les plus gros, les festivals l’ont très bien compris. Entre demande en constante hausse, démocratisation des genres et quête d’une expérience unique, le business des festivals est en train d’exploser au même rythme que les beats.

Toujours plus

            Des festivals, il y en a de toutes tailles, mais nous oublierons ici les évènements familiaux et traditionnels. Parlons plutôt des ambitieux régis par une obsession : toujours plus. Toujours plus de festivaliers, toujours plus d’artistes, toujours plus de chiffre d’affaires, toujours plus chers, mais aussi toujours plus loufoques. C’est ainsi que Tomorrowland, festival électro incontournable de la Belgique a augmenté de 1850% sa capacité d’accueil entre 2005 et 2016, que Glastonbury, festival anglais considéré comme le plus grand festival musical mondial a vu son nombre de participants augmenter de 9000% de 1970 à aujourd’hui ou encore que le Hellfest festival accueille désormais 152 000 métalleux en 2016 pour seulement 22 000 en 2006.

Le Burning Man festival dans le désert du Nevada

            Or, qui dit augmentation de la demande dit également augmentation du prix. Scandale pour certains, en raison d’une forte mobilisation de volontaires dans ces évènements pourtant très commerciaux, comportement économique rationnel pour d’autres, il n’en reste pas moins qu’aujourd’hui, participer à un festival est comparable en terme de coûts et de logistique à un voyage à part entière. Comptez 560$ votre week-end à la Coachella, 5$ la bière, 9$ le repas, sans parler du logement et des billets d’avions pour les nombreux étrangers présents. Même le festival le plus perché de tous, vous avez bien compris le Burning Man festival, qui a beau promouvoir dans ses 10 principes la « décommercialisation », a abandonné la gratuité de l’événement depuis bien des années et vous coûtera désormais 380$ pour une simple participation. Si vous emmenez votre camping car et comptez vous nourrir, mieux vaut prévoir un millier de dollars. « Décommercialisation » ? Apparemment cela concerne seulement leurs charges !
D’autant plus que l’innovation s’y est invitée. Une majeure partie des festivals est en effet « cashless » : plus d’argent liquide ni même de carte bancaire, aisément perdus ou volés. Permettant en moyenne un gain de 20% des recettes du festival, vous utiliserez maintenant des bracelets électroniques pour payer vos consommations de manière plus ludique et rapide, voire vous connecter aux réseaux sociaux, comme c’est le cas à Tomorrowland. Bien entendu, vous consommez plus, mais au moins vous ne perdez rien !

 

 

L’ « esprit festival »

            Comment font-ils chaque année pour vider votre porte monnaie et détruire vos neurones en toute impunité ? Le festival est devenu un concept qui se suffit à lui-même, et c’est naturellement par le biais de stratégies marketing bien rodées qu’il est devenu un élément essentiel de vos étés.

            Pourquoi aller à un festival ? Pourquoi ne pas écouter vos artistes préférés chez vous, ou vous contenter d’aller écouter leurs sets en boîte ? Bien qu’une étude de MSN UK montre que seuls 45% des festivaliers britanniques mettent la musique en premier plan lors d’un festival, les 55% restant se partageant entre le sexe (25%), la drogue (21%) ou une consommation excessive d’alcool (20%), il faut reconnaître que l’essence même d’un festival musical est … la musique !

            Or, chaque style musical correspond à un lifestyle et une pratique de consommation spécifique. Naturellement, leurs producteurs ont adapté le business model de chaque événement à ses pratiques. En outre, Burning Man fait la part belle à la création artistique, où s’est développée une activité de mécénatdes « subsidies » d’une moyenne de 500$ peuvent ainsi être attribuées aux participants demandeurs. Aller dans le désert du Nevada pour simplement écouter de la musique ? Non, ces festivaliers vivent une expérience à part entière et pas seulement grâce aux substances illicites insoupçonnables présentes dans leur sang.

            Le Coachella prend lui ses racines dans l’univers commercial, plus accessible, comptant ainsi parmi ses participants Beyoncé, Léonardo Di Caprio ou encore de nombreux mannequins célèbres. Son partenariat avec la marque suédoise H&M, qui crée une collection spéciale pour l’événement depuis 2 ans, et qui s’invite par le biais d’un pop-up store au milieu du festival, est un atout marketing de taille. Romantique, pacifique, ce festival vous donnera l’impression d’être un hippie des temps modernes….

            Tomorrowland, quant à lui, vous promet l’expérience d’une vie. Slogans accrocheurs « Yesterday is history, Today is a gift, Tomorrow is mystery », chaîne Youtube comptant plus de 5 millions d’abonnés, série Netflix (People of Tomorrow), jusqu’au réseau social associé. L’outil médiatique est pour ce festival le moyen de nous faire comprendre qu’il fera de notre séjour en Belgique un rêve éveillé, digne d’un film des plus fantastiques. Logé à « Dreamville », le terrain de camping du festival, plongé dans des décors irréels, vous vous sentez protagoniste de l’histoire. Détenu à 50% par l’organisateur évènementiel ID&T, le concept a d’ailleurs été exporté aux US sous le nom de TomorrowWordl et au Brésil, où le succès est à chaque fois au rendez-vous. La communication massive du festival lui permet d’ailleurs d’écouler les quelques centaines de milliers de places en quelques heures seulement.

De quoi ravir la région ?

            Les organisateurs sont loin d’être les seuls à se réjouir de l’implosion du business des festivals. La présence d’un événement où des participants viennent parfois de très loin – on comptait plus de 200 nationalités différentes à la dernière édition de Tomorrowland en Belgique – fait vivre le tourisme régional.

            En France par exemple, la région Midi-Pyrénées accueille et subventionne 119 festivals chaque été. Qu’ils soient attractifs internationalement ou non, les retombées économiques totales pour la région sont estimées à 53 millions d’euros. C’est l’effet multiplicateur de Keynes : pour ce genre d’événement, les experts ont ainsi observé qu’un euro de subvention en rapporte 10 à la région. Création d’emploi, boom de la demande profitant aux commerces régionaux, installations d’infrastructures, sécurité, nettoyage, etc,… organiser un festival c’est presque recréer une économie d’après-guerre. Si l’on extrapole ce phénomène aux US où de nombreux festivals de grande taille sont organisés dans des régions originellement abandonnées, on imagine aisément l’intérêt économique des institutions régionales à favoriser ce type d’évènements.

            De plus, l’organisation d’un festival international participe à l’image de marque d’un pays en terme de tourisme et favorise plus indirectement l’attrait pour une culture.

            Les seuls à réellement se plaindre sont en fait les pauvres riverains, installés dans un secteur généralement peu attrayant qui doivent pendant quelques jours s’accoutumer à des sons qu’il n’apprécient pas nécessairement et croiser le chemins de festivaliers ivres et drogués, ayant payé pour se permettre un lâcher prise total…. Evidemment, l’intérêt économique en jeu, leurs tentatives de procès et d’annulation sont majoritairement vaines…

Mais surtout, qui dit gros festival dit …

            … Drogues ! Et oui, on allait tout de même pas oublier les consommateurs de substances illicites ni leurs dealers, ces membres importants du business des festivals. Bien que cette économie soit souterraine – il n’existe donc aucun chiffre officiel concernant les ventes – un autre moyen d’estimer la consommation de drogues lors des plus gros festivals internationaux a été imaginé par le site DrugAbuse.com. C’est à partir des photos présentes sur Instagram qu’ils ont fait un palmarès des drogues préférées par festival. C’est ainsi la cocaïne serait très appréciée à Coachella, ou les champignons, la mescaline et le LSD seraient davantage prisés au Burning Man

            Le site a même établit une tableau des festivals les plus appréciés par type de drogue !

            Bien qu’un contrôle existe en général à l’entrée des festivals – on se rappellera du taux parfait de 100% de fouilles qui aboutissent à une saisie à Dour l’année passée – on remarque pour une grande partie des festivals une tolérance étonnante face à des comportements illégaux posant de plus des problèmes de sécurité. Malgré les risques, l’organisateur a en fait intérêt à ce que ses participants se droguent : l’énergie factice des festivaliers les fait consommer toujours plus de boissons et nourriture, et l’intensification des sensations correspond d’avantage à l’expérience hors du commun promise !

            Finalement cette évolution du business model des festivals, bien que reposant sur les caractéristiques de son esprit si authentique, est tourné vers l’objectif premier de toute entreprise : une augmentation constante des recettes. On vous laissera juger de la conformité avec les valeurs que les festivals vous inspirent ….

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Un commentaire

  1. Amazed
    16/08/2016 at 10 h 22 min - Répondre

    Bonjour Marine

    Vous oubliez juste plusieurs informations importantes concernant Burning Man qui changent un peu la perspective de ce que vous avancez sur ce festival:

    – Burning n’a aucun sponsor « commercial », c’est cela la decommodification, et pas le fait qu’il ne faille pas faire de bénéfice du tout (vous devez apprenez sans doute à l’Edhec que tout activité a besoin de bénéfice pour perdurer) Ici pas de sommes faramineuses versées aux organisateurs ou de grosses Scènes financées par des marques de bières ou de voitures. Tout est construit et financé par l’orga et les participants.

    – Le bénéfice n’est pas du profit pour les organisateurs : il finance le fonctionnement de l’organisation qui est une association (non-profit) et pas une société, le permis à payer à l’Etat du Nevada, les infrastructures centrales (WC, accueil, Man…), les subventions aux artistes qui installent plus de 200 oeuvres d’art dans le désert etc. Et les comptes sont publiés chaque année: http://burningman.org/expenses/

    – une fois sur place tout est gratuit que ce soit les bars et beaucoup d’endroits qui proposent de la nourriture (on peut juste acheter du café et de la glace). Donc pas besoin de « solution cashless », tout est cashless!

    Une fois tout cela mis en perspective 390$ pour une semaine est-ce si cher? (bien sûr les étrangers doivent payer un billet d’avion, mais c’est le cas aussi pour des américains qui viennent à Glastonbury).

    Si vous souhaitez vous informer plus avant (ou vérifier vos infos) n’hésitez pas à nous contacter contact@frenchburners.org

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