Credit Default Swap II : Le Retour

Nos voisins allemands, nous les aimons, ils nous font rire. Quand ils dévorent une saucisse-choucroute en famille, ou encore quand ils descendent – sans une once de chétivité – des lignées de pintes pour se préparer à aller embraser l’ambiance de leurs stades de football dont la renommée festive n’est plus à prouver. C’est aussi avec une grande détermination et un pragmatisme légendaire qu’ils ont imposé à la Grèce une austérité sans précédent lorsque son système bancaire s’est vu dans l’impossibilité de soutenir l’accumulation de la dette induite par la crise des subprimes.

La Deutsche Bank a la gueule de bois.

On le sait, la nation allemande n’a jamais fait dans la demi mesure : de la construction automobile en passant par les meetings à Nuremberg, l’Allemagne est aussi un géant du secteur bancaire. En effet, la Deutsche Bank, une des plus (si ce n’est la plus) grosses banques européenne est en train de régurgiter, près d’une décennie plus tard, la quantité astronomique d’actifs CDS (Credit Default Swap) qu’elle avait engrangée pendant la crise de 2008. Etant à l’origine d’une certaine quantité de ces produits dérivés, elle a également apporté de l’aide à la Grèce qui en était infectée.

Vomir c’est repartir ? Pas toujours ! Pour donner une mesure de l’ampleur de la maladie : la Deutsche Bank possède en engagements notionnels – c’est à dire en valeur d’exposition aux CDS – 54 700 milliards d’euros. Son titre a perdu 62% en 11 mois ! En 2007, l’action DB se négociait à près de 102 € l’action, aujourd’hui oscille autour de 9€, la panique !

Or, 54 700 milliards d’euros c’est :

  • Plus de 3 fois le PIB de l’Union Européenne, rien que ça.
  • 15 628 Mds en pintes au Solfé, soit 19 Mds de tournées pour toute la promo Edhec
  • 1 094 Mds en prostituées hollandaises, soit un rafraichissement journalier pour tous les Edhec pendant 3,7 millions d’années (à 50€ TTC la prestation).

Devant la taille du gouffre devant lequel se trouve son champion financier, Angela Merkel se retrouve devant un choix cornélien (l’amour ou l’honneur pour les incultes, Cf. El Cid).

Première possibilité : laisser plonger son poulain et conséquemment la totalité du système financier mondial, de la même manière que Lehman Brothers a entrainé dans sa chute la moitié des personnes qui vivent sur cette planète. Car c’est de cela dont il s’agit, les banques de la taille de la DB sont communément appelées systémiques dans la mesure où elles ont un poids financier proportionnel (ou du même ordre de grandeur) que l’ensemble du système financier global (ou du moins occidental). Le FMI, dans une note passée inaperçue en juin dernier, affirmait que la Deutsche Bank constituait la plus grande menace systémique du monde financier ; autrement dit, ça pue.

Seconde possibilité : nationaliser la DB … Scandale ! Rappelons au passage qu’il est interdit (par de nouvelles résolutions durement imposées par l’Allemagne elle-même !) aux pays membres de l’union bancaire européenne de fournir une aide publique à ses banques en difficulté. L’Allemagne voulait par cela imposer aux pays du Sud et à ses banques la fermeté dont ils peinent à faire preuve. La schizophrénie germanique a atteint là son paroxysme.

Une union bancaire européenne pour nous sauver, … ou pas.

Mais les Allemands, on les aime, et avant tout, on leur fait confiance. Pour comprendre la motivation inébranlable de ces amateurs de saucisses de Francfort à imposer une telle rigueur aux « mauvais élèves de la zone euro », il faut examiner les « trois piliers » de l’union bancaire européenne, dont l’application du troisième fait face à une opposition farouche des Allemands. Car la raison pour laquelle Angela pourrait ne pas venir en aide à la DB (et créer ainsi un choc financier) pourrait bien être ce projet d’union bancaire, initialement prévu pour amortir le choc d’une crise financière. Allez comprendre !

Le premier pilier centralise la supervision des 130 premières banques européennes à celle de la BCE : le mécanisme de supervision unique (MSU). Histoire de montrer qui est le patron, au cas où il y aurait des mécontents.

Le second renvoie en priorité aux actionnaires, puis aux déposants (clients) de plus de 100 000 €, la responsabilité d’assumer les pertes d’une hypothétique faillite de banque : c’est le mécanisme de résolution unique (MRU). Ne nous voilons pas la face, ce seront les déposants qui seront les plus ponctionnés si de tels montants doivent être assurés.

Et le troisième, le fonds européen de garantie des dépôts, est supposé assurer le compte des déposants, au niveau européen et à hauteur de 100 000 € par compte, dans le but d’éviter que la population ne court retirer son argent de la banque en cas de crise.

Ces trois piliers – qui ressemblent plus à des poutres finalement – sont supposés être complémentaires, cependant le troisième est le seul à n’être toujours pas entré en vigueur ; et si vous m’avez suivi jusqu’ici, c’est ni plus ni moins un viol en réunion assuré pour les classes moyennes européennes.

Certains verront le verre à moitié plein, se disant que grâce à ces mesures, il leur restera au moins 100 000 € pour couvrir leur dépenses en Biafine ; d’autres n’y verront que le mauvais remake d’un vieux porno allemand dans lequel ils tiennent le premier rôle. Car si l’objectif premier de cette union bancaire est d’empêcher le contribuable de payer une crise (par l’intermédiaire de ses impôts), ce sera alors au client de payer cette crise (par l’intermédiaire de sa banque). Bis repetita.

La plupart des banques systémiques dans le même cas.

Nos voisins germains ne sont pas isolés : nombre d’autres banques, notamment quatre françaises (BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole, BPCE) ont un attrait prononcé pour les restes des crédits pourris américains.

Les chiffres y sont différents pour la Deutsche Bank, je vous l’accorde, car il s’agit ici des engagements bruts. Il me faut également rappeler qu’il s’agit ici d’une valeur notionnelle qui ne reflète pas le risque associé aux contrats de dérivés, mais elle indique le volume de l’activité d’une banque. Force est cependant de constater la disproportion entre ce niveau d’engagements CDS et leurs fonds propres durs ; la seule question qu’il nous reste alors n’est plus de savoir si une crise adviendra, mais quand …

La semence de Blythe Masters (banquière de la J.P Morgan à l’origine des CDS) est dans les starking-blocs pour se répandre en l’Europe !

Car en fait, quand une crise financière survient, elle a un prétexte de fond et un déclenchement de forme. En 2008, l’accumulation des CDS avait rendu inévitable une telle crise, néanmoins elle fut déclenchée par la faillite de Lehman Brothers et de l’assureur AIG qui n’étaient pas les seuls exposés aux CDS.

Depuis un an, beaucoup de différents facteurs économiques n’ont cessé de renforcer l’hypothèse d’une crise à venir : la situation des marchés asiatiques pendant l’été 2015, la bulle des prêts d’étudiants américains et britanniques, l’effondrement du baril de pétrole début 2016, l’explosion des dettes souveraines des pays du Sud de l’Europe depuis les années 2000, etc …

Tout cela ne demande plus qu’un déclenchement de forme pour se choper une grippe financière digne d’un virus H1N1 dopé aux CDS, et ceux de la Deutsche Bank pourraient bien faire l’affaire, surtout après l’amende de 15 Mds de dollars imposée par le gouvernement américain à cette dernière, bien que réduite à 5,5 Mds …

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