Achetez de l’eau

Les financiers sont des gens sérieux. Ou du moins cest limpression quils donnent lorsquils sont à loeuvre. Mais la nuit tombée, quand le téléphone et lordinateur sont fermés, le besoin de décompresser se fait graduellement sentir. Ainsi, et peut être à tort, ils ont souvent eu la réputation davoir un goût prononcé pour lalcool, quoi quil puisse leur en coûter : boire de bons vins à table, des torrents de champagne en boîte, puis couronner le tout dun bon vieux whisky.
Mais actuellement, ils portent leur attention (et leurs fonds) sur une boisson beaucoup plus grand public : leau.

Les requins aiment l’eau.

 

              La fièvre de la sobriété gagne progressivement les places boursières : l’eau, c’est une mégatendance. Qu’est-ce qu’une mégatendance ? C’est une évolution structurelle d’une durée de vie de 10 à 15 ans, qui a des impacts majeurs sur l’économie et les applications pour entreprises (ex: internet, l’individualisme ou encore les stupéfiants). Et les perspectives de voir multiplier chaque dollar investi dans une aquifère, une société de vente de systèmes d’installations hydrauliques, de citernes, de robinetterie ou de tuyauterie en font rêver plus d’un. Deux indices (ETF) permettent de mesurer l’activité boursière moyenne des principaux acteurs du secteur de l’eau : la détention des réserves en jaune (terrains, aquifères) et l’industrie qui s’y rapporte en blanc (robinet, tuyaux, traitement de l’eau, etc …). L’index a progressé de plus de 50% depuis 2010.

              Tel un vieux loup de mer, le pionnier en la matière est Pictet Water, un fonds d’investissement américain qui a piqué sa première tête en 2000 et dont la performance est depuis de 181%. En, France, c’est la BNP Paribas qui s’est jetée à l’eau avec la création en 2012, de son propre fond dédié au secteur (BNP Paribas Aqua), et dont la performance est de 109% depuis sa création. HSBC a dû alors se sentir jalouse, voulant elle aussi marcher sur l’eau. La firme britannique a récemment annoncé la création d’un fonds d’investissement de 100 milliards réservés à ce secteur.

              Dans un tout autre registre, il y a le Vice Fund, un fond qui a vu le jour dans l’unique perspective d’investir dans l’économie du vice (alcool, tabac, armes, casinos, etc…). Se posent alors à moi deux stratégies dont le potentiel de croissance semble fort : je veux placer mes fonds sur le long terme. Sans négliger la capacité du vice à générer des bénéfices énormes, ou encore le fort potentiel de croissance du marché de l’alcool ; l’eau représente une opportunité sans précédent de se faire du fric tout en aidant la population mondiale à améliorer son niveau de vie. Et il y encore du travail !

Le marché mondial de l’eau devrait atteindre 1 000 milliards de dollars d’ici à 2025.

              Le monde a soif, et il aura de plus en plus soif.  C’est là que réside le problème : la population mondiale croit, s’urbanise  et s’enrichit. Donc la demande d’eau est croissante, et la qualité demandée aussi. C’est ce qu’on appelle vouloir le beurre, l’argent du beurre et le cul de la crémière ! On en arrive à ce que la consommation mondiale augmente plus vite que la population elle-même !

              L’offre d’eau, elle, baisse. Or si la Terre est appelée la « planète bleue », ce n’est non pas pour son taux d’alcoolémie mais pour son taux d’eau liquide à sa surface. Et il y en a ! Mais voilà, l’eau salée ne nous satisfait pas. Notre fragilité nous impose de boire uniquement de l’eau douce et potable : c’est le cas pour seulement 0,25% des réserves planétaires. C’est carrément moins que la cote de popularité de Mr. Hollande. Et de la même manière que les ultimes sympathisants à notre président sont choyés ; les réserves d’eau douce sont convoitées, surexploitées, et de plus en plus polluées. Ce pourcentage de 0,25% va donc inévitablement se réduire et l’offre va chuter.

              La demande augmente, l’offre baisse. La banque mondiale prévoit que le marché mondial de l’eau devrait atteindre 1 000 milliards de dollars d’ici à 2025. Selon La Tribune, si la totalité de la population mondiale avait accès à l’eau potable et aux installations sanitaires, c’est pas moins de 220 milliards par an qui pourraient être générés, dont 113 milliards pour les seuls Brésil, Inde et Chine.

              C’est notamment la Chine qui galère, dont la population a explosé, s’est urbanisée, et dont le niveau de vie a augmenté (demandant plus d’accès à l’eau). En plus, leurs réserves d’eau se voient de plus en plus polluées de par l’activité industrielle qui a mené la Chine au rang de seconde puissance mondiale. Alors les nappes phréatiques à proximité des villes sont polluées par l’activité industrielle, celles en bord de mer sont menacées par l’intrusion de l’eau salée, et 70% des réserves provenant des lacs et des ruisseaux étaient polluées (Source: China Water Risk). Il faudra donc autre chose que de l’eau pour digérer le chien à la vapeur, et autre chose chose que de la vapeur pour le cuisiner … La Banque Mondiale prévoit dans un rapport que les problèmes causés par la pénurie d’eau croissante en Chine pourrait réduire son PIB de 6% d’ici à 2050.

              Donc si vous voulez peser en société, arrêtez dacheter des costumes Hugo Boss ou des bouteilles hors de prix en boîte. Car comme le montre Mad Max, le meilleur moyen de devenir le roi de la bassecour sera bientôt davoir de leau. Devenez Immortan Joe !

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