Le café-pipe remplacera-t-il le café-clope ?

L’innovation dans le domaine de la restauration n’en finit plus de nous surprendre ! Tout droit venu de Thaïlande, un nouveau concept arrive en Suisse … et ne vous laissera sans doute pas indifférent ! Figure émérite de l’industrie érotique, Bradley Charvet comme il se fait publiquement appelé, a récemment annoncé l’ouverture du premier café-pipe, le Fellatio Café, à Genève.

Comment ça marche ?

            Comme vous l’aurez deviné, le principe de cet établissement est incroyablement simple et pourtant si prometteur. Tout est dans le nom : vous sirotez votre Volupto ou votre Khazar tout droit sorti de chez Nespresso pendant qu’une aimable employée s’attelle à rendre ce moment, déjà privilégié, littéralement jouissif. Attention, le consommateur étant roi, il choisit non seulement son café mais aussi sa demoiselle. De fait, un iPad lui est fourni à son arrivée pour lui présenter les gentilles créatures qui travaillent à cet endroit, lui permettant ainsi d’adapter sa libido à ses désirs gustatifs.

            Vous stressez à l’idée de votre journée chargée avec réunion dès 8h suivi d’une conf-call que vous savez interminable avec vos fournisseurs situés à Taïwan ? Un double Ristretto serré marié à une brune piquante feront l’affaire si vous voulez être au taquet dès 7h30. Vous avez au contraire devant vous une journée plutôt légère de type casual-Friday ? Optez pour un Dulsão simple couplé d’une blonde angevine et vous apporterez de la joie dans votre bureau. Le prix total ? 60 francs suisses soit 55 euros environ, un investissement qui demande tout de même réflexion pour la plupart d’entre nous … quand les hédonistes demanderont simplement « carte ou espèces ? ».

            En ce qui concerne la légalité du projet, Bradley n’a a priori aucun souci à se faire : il suffira d’une inscription au registre de la prostitution suisse de tous les employé(e)s et le tour est joué.

La Thaïlande : au cœur du marché de la prostitution et de lérotisme.

            Ce concept est tout droit importé de Thaïlande, pays à la pointe de l’industrie érotique depuis les années 90 – époque où l’on dénombrait déjà 300 000 travailleurs du sexe – et où ce secteur est bien trop lucratif pour y freiner l’innovation. On estime de fait que la prostitution représente au pays du sourire un chiffre d’affaires de 3,5 milliards de dollars soit 5 % du PIB thaïlandais, et si le gouvernement assure qu’elle est réprimée, n’importe qui ayant mis les pieds à Patong sait que la police locale est la meilleure sécurité des proxénètes.

            Mais ne jetons pas trop vite la pierre à notre cher Bradley, car s’il n’a rien fait d’autre que d’importer Dr. BJ’s en Suisse, il est peut-être le petit-fils caché de Frederick W. Taylor. Oui, celui-là même qui prit part à la création de l’organisation scientifique du travail dont l’objectif affiché et réussi était d’augmenter la productivité des travailleurs. Car certes le but du café-pipe est bel et bien de faire des profits en distribuant des services de plaisirs, mais notre cher Bradley n’est pas un pimp comme les autres, il a à cœur le bien-être économique de son pays comme il nous l’explique très clairement : « Des études ont démontré que les hommes étaient plus performants au travail après avoir été satisfaits durant la matinée ». Booster le PIB suisse à coup de fellations ? Dit comme ça, on ferait déculpabiliser tous les hommes en concubinage qui profiteront de ces voluptueux cafés.

Quel avenir pour cette nouvelle industrie ?

            Le concept du café-pipe promet de vite se développer dans les pays où le plus vieux métier du monde est déjà légalement encadré. Pourquoi pas un bar à bière-pipe à Bruxelles ou encore un Coffee shop-pipe à Amsterdam ? Après tout, c’est dans l’esprit de l’économie d’aujourd’hui où il nous est enjoint de consommer local ! Car si la demoiselle n’est pas du coin, au moins l’autre aspect du service l’est et vous pouvez être fier de dynamiser la demande de votre pays en vous faisant plaisir, jusqu’ici tout va bien.

            Là où tout ne va pas bien en revanche, c’est que l’opposition face à l’ouverture de ce café-pipe est assez vive. Si la prostitution est encadrée chez nos voisins suisses, beaucoup, et particulièrement les féministes, voient d’un mauvais œil l’arrivée en Europe de ces pratiques si propres à Phuket. Ce qui est reproché ? L’absence de réciprocité bien-sûr, comme nous l’explique très clairement cette blogueuse « j’irai dans votre café quand il proposera le Kusni-Tea, le thé-léchouilles pour femmes ! ». Moyen de publicité pour le concept ou véritable barrière psychologique pour le consommateur ? Notons que les petits génies de l’industrie érotique s’en sont toujours bien sorti malgré le machisme certain du milieu.

            Cependant, en plus de suivre les traces de Taylor, Bradley Charvet poursuit le combat de Simone de Beauvoir en promettant qu’il réfléchit à une prestation identique pour les femmes. Nous vous demanderons simplement de ne pas commander un café allongé, question de respect !

Sur le même sujet

Ajouter un commentaire