LBO et Capital Risque par un homme du métier.

Rencontre avec André May, DG de Trinova

Bien que mis à mal par la crise actuelle, le Capital Investissement joue un rôle majeur dans l’économie. Il représente un soutien essentiel aux entreprises non cotées tout au long de leur existence. A l’heure où les grands groupes réduisent leur R&D, ces fonds sont présentés comme un moyen de financement de l’innovation. André May, directeur général de Trinova, société d’investissement au sein de jeunes entreprises du secteur des technologies de l’information, nous présente ce métier peu connu du grand public.

Tout d’abord, comment définiriez-vous le capital risque ?

Le capital risque est le moyen de transformer des idées en réalité concrète : une position de marché, du chiffre d’affaires, de la marge et des emplois.  Le capital risque permet au(x) fondateur(s) de financer une croissance rapide de leur société en partant d’une preuve de concept (une idée qui fonctionne) avec si possible un début de chiffre d’affaires. Comme le risque est élevé, la rémunération de ce risque doit être aussi élevée. Une fois le risque maîtrisé et le chiffre d’affaires plus important, le capital développement prend le relais pour accompagner la croissance de la société.

Comment définiriez-vous maintenant l’activité de fonds LBO (leveraged buy-out) ?

L’activité des fonds de LBO est de financer la poursuite de la croissance d’une société rentable en finançant la sortie d’un ou plusieurs actionnaires par du capital et une dette payée par les bénéfices futurs de la société acquise. Plus la part de dette sur le capital investi est élevée plus l’effet de levier est important (gains importants) mais aussi le risque que la société n’ait plus les moyens de rembourser (comme en temps de crise par exemple).

Comment se passe la genèse de nouveaux projets ? Est-ce vous qui dénichez les valeurs gagnantes ou est-ce les nouvelles entreprises qui font appel à vous ?

Le sourcing vient de plusieurs pistes : le réseau personnel, les entrepreneurs déjà financés et les autres investisseurs ; éventuellement par le site mais c’est bien moins qualifié.

Pouvez-vous nous décrire une journée ou une semaine type ?

En fait il n’y a pas de journée type, ni de semaine type. Lors d’une entrée au capital ou d’une cession, on est à quasi plein temps lors de la conclusion de l’opération. Dans un portefeuille, on passe plus de temps au début et à la fin. Entre ces deux moments, suivant la maturité de la participation, le temps varie beaucoup mais certaines opérations (levée de fonds, acquisition, …) nous accaparent plus. En parallèle, il faut travailler sur la recherche de nouvelles pépites et élargir son réseau pour recueillir des dossiers les plus ciblés possible. Enfin, il est impératif de consacrer le temps nécessaire à la gestion réglementaire du portefeuille et à la relation avec les souscripteurs.

Quelle est la part de l’aspect humain dans votre métier ?

L’aspect humain prime sur quasiment tout le reste et il vaut mieux une très bonne équipe avec un projet moyen que le contraire. La bonne équipe saura détecter les opportunités de marché et s’adapter. Naturellement, le mieux est la meilleure équipe avec le meilleur projet !

Capital investissement 2Qu’entendez-vous par TRI (Taux de rendement Interne) ?

Le TRI d’une participation est le taux annuel de progression entre la valeur d’acquisition et la valeur de sortie en tenant compte de la durée. Par exemple, acquérir pour une valeur de 100 et revendre pour une valeur de 370 en 5 ans procure un TRI de 30% par an. Mais si la durée est de 7 ans pour les mêmes valeurs d’entrée et de sortie, le taux chute à 21% par an.

Il y a bien sûr un risque à prendre, néanmoins pouvez-vous nous dire comment Trinova juge-t-elle de la fiabilité d’un projet ?

C’est la combinaison d’un jugement personnel et de celui des autres qui verront le projet d’un éclairage différent. On peut faire appel à 5, à 10 personnes de manière informelle. Il n’y a aucune certitude tant que la société n’est pas cédée.

Comment vous est venue l’idée de créer Trinova ?

En tant que co-créateur de Soft Mountain société technologique, j’avais rencontré les sociétés de capital risque pour accompagner sa croissance et apprécié ce métier.

Vous venez d’une formation scientifique et non commerciale. En quoi pensez-vous que cette formation a été plus profitable qu’une formation commerciale ? Y’a-t-il quelque chose qui vous a manqué un jour dans votre formation ?

En fait, nous avons investi dans des participations venant de domaines que nous connaissions du fait de notre parcours dans les technologies de l’information (formation initiale) tout en ayant des bases fortes en marketing apprises au cours des années en tant que dirigeant de centres de profit ou de société.

Ce qu’il a manqué au niveau de la formation initiale est sans doute une meilleure connaissance de la gestion d’une entreprise et du marketing produit ; mais cela s’apprend par la suite.

L’association Transaction EDHEC remercie M.DUBUS pour le temps qu’il nous a consacré.

Propos recueillis par J.L.V. et A.V.

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