Interview du parrain de la 4ème édition de la Coupe De France de Finance

De la Côte d’Ivoire à l’Angleterre, en passant par la France, le chemin vers la City fut long, mais pas impossible pour Richard Aby, actuellement responsable de l’équipe Africa Investor Sales chez Citigroup à Londres.

Son parcours universitaire est des plus classiques :

Après l’obtention de son baccalauréat en Côte d’Ivoire, il est accepté en prépa HEC, puis admis à l’Edhec d’où il sort en 2000 avec un diplôme en spécialité finance. Il intègre l’équipe Equity Research chez Goldman Sachs à Londres la même année où il restera trois ans, avant de passer en financement structuré. En 2007, il quitte Goldman Sachs après 7 ans et continue sa carrière chez Citigroup. En salle des marches, il dirige une equipe de vente multi-produits responsable de la zone Afrique Sub-saharienne.

Cette année, Richard Aby est parrain de la quatrième édition de la Coupe de France de Finance organisée par Transaction Edhec. Il a accepté de répondre à quelques unes de nos questions.

Pourquoi vous êtes-vous dirigé vers une carrière en finance?

Richard Aby: C’est moins la finance que ce qu’il y a derrière qui m’a attiré. La notion de développement économique m’intrigue depuis petit.

J’ai grandi dans un pays en voie de développement: Aides, dévaluation, dépendance économique, exposition aux prix du cacao et du pétrole, besoins en infrastructures, importation des biens de consommation de base. A la télévision par contre, l’enfant que j’étais, voyait que les pays occidentaux s’en sortaient beaucoup mieux économiquement. Je me disais que si nous apprenions la même chose qu’eux, en économie et en affaires, peut-être que nous aussi pourrions atteindre un niveau de développement similaire … ou meilleur.

J’ai étudié dans un lycée international avec des élèves venant du monde entier. Apres une revue des différentes options post Bac, j’ai décidé de faire une prépa en France pour intégrer une école de commerce.

Votre parcours universitaire vous a-t-il permis de répondre à vos interrogations?

Richard Aby: Non. Mais ce n’était pas son rôle. Son rôle etait plutôt de me donner les bases solides dont j’avais besoin pour y arriver.

Naïvement, je pensais que l’Ecole me transformerait en expert des affaires: Tout comprendre, tout savoir faire. Ca ne s’est clairement pas passé comme ca. Cependant, l’Ecole m’a permis de grandir. J’ai appris à vivre à l’étranger, dans un environnement aussi cosmopolite. Je me suis fait beaucoup d’amis en France et par ailleurs ces rencontres m’ont ouvert l’esprit. J’ai appris l’importance de matières telles que la stratégie, les ressources humaines, le droit, le système d’information et le marketing dans les affaires … et surtout en finance. Douze ans plus tard, je bénéficie encore de cette formation.

Comment avez-vous obtenu votre poste à Goldman Sachs ?

Richard Aby: 1998 – 2000, était pour moi l’âge d’or d’Internet, des nouvelles technologies, et du « Day Trading ». Tout le monde semblait vouloir acheter des actions en bourse. Moi aussi, mais je ne savais pas ou investir. Je n’avais pas non plus le « luxe » de pouvoir perdre mon petit principal (100 Francs). J’ai demande des conseils autour de moi. Je me suis vite rendu compte que la plupart des gens investissaient dans des compagnies qu’ils ne comprenaient pas. « XYZ.com, fait de l’argent comment? » … silence. Par contre le prix avait sans doute pris 20% le temps que je finisse la question.

Bilan, je n’ai pas acheté, mais je voulais toujours comprendre. En 2000, pour mon stage de fin d’études, j’ai réussi à avoir un poste à la Bourse de Paris en surveillance. Le desk surveillait l’activité de trading des sociétés membres. J’ai finalement compris comment l’algorithme de cotation marchait. Cependant, je ne savais toujours pas pourquoi l’action XYZ, prenait 5% aujourd’hui, perdait 10% demain et reprenait 3% le jour d’après . XYZ n’avait pas changé en si peu de temps.

J’ai envoyé par email des questions à un trader qui travaillait à Goldman Sachs à ce moment. Il était toujours occupé, mais avait l’air passionné et accessible. Un mois plus tard, il m’a rappelé en fin de session. On a parlé pendant une heure. On est encore copain. Il m’a dit: « S’il y a plus d’acheteurs que de vendeurs, le cours monte, sinon il descend .  C’est tout ce dont je suis certain . Le reste est en grande partie suppositions. Tout le monde achète et vend pour des raisons différentes, toutes ces raisons influencent la balance des ordres de vente et d’achat. L’ordre qui « gagne » détermine la direction du cours à court terme ».

Il m’a proposé de passer des entretiens pour intégrer la banque. Un mois et demi plus tard j’étais en « Equity Research » .

Comment en êtes-vous arrivé à votre poste maintenant?

Richard Aby: Le réseau école. J’ai rencontré un ancien à un événement Edhec. Il m’a proposé de venir monter l’activité Africa Investor Sales dans son équipe. L’Afrique est la dernière frontière émergente. L’idée de contribuer à ce process m’intéresse énormément.

Quel conseil pourriez-vous donner aux étudiants qui passent la Coupe de France de Finance?

Richard Aby: Pour la compétition, je dirais: Restez logique. N’oubliez pas:

 1) « S’il y a plus d’acheteurs que de vendeurs, le cours monte, sinon il descend … c’est tout ce dont je suis certain » ;

2) Vous êtes aussi participants du marché. Votre action, influence le marché, qui à son tour influence votre action. (Réflexivité, The Alchemy of finance, George Soros) ;

3) Un investisseur n’est pas un Trader: Déterminez lequel vous êtes et agissez en conséquence ;

4) Amusez-vous !

Pour le futur: Apprendre, croire en soi et en sa propre chance.

Bonne chance !

Propos recueillis par Manal Hachimi

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