La guerre est-elle une affaire de junkies ?

Il est à priori incongru d’associer au terme de guerre celui de drogue. Nous sommes en effet, tous, habités par de nombreux lieux communs nous amenant à fixer la drogue aux antipodes de la culture militaire. Et pourtant, de multiples révélations sur l’utilisation des drogues dans les armées éclatent au grand jour après la fin des guerres, nous faisant ainsi entrevoir une face inconnue de la guerre. Car bien souvent le business de la drogue est effectivement intimement lié au business de la guerre.

 

Les nazis sous « crystal meth ».

Si la consommation de drogue de l’armée allemande et des SS n’est pas la partie de l’histoire la plus connue de la seconde guerre mondiale, elle n’en demeure pas moins l’un de ses éléments décisifs. C’est grâce au travail du journaliste N. Ohler qui a récemment fait paraître L’extase totale, le IIIème Reich, les allemands et la drogue, que la lumière est aujourd’hui faite sur l’un des évènements oubliés des livres d’Histoire. On y apprend que sous le régime totalitaire nazi, la consommation de drogues y était répandue, faisant ainsi la part belle aux laboratoires pharmaceutiques.

En effet plusieurs laboratoires pharmaceutiques produisaient un médicament nommé « Pervitin », qui n’était rien d’autre que des méthamphétamines. Cette drogue de synthèse, aujourd’hui plus connue sous le nom de « crystal meth », a pour effets la réduction de la fatigue, une augmentation de la confiance en soi, ou encore une hausse de la concentration. L’histoire de cette drogue est intimement liée à celle de l’Allemagne, puisque c’est la firme pharmaceutique allemande Temmler qui a breveté les méthamphétamines en 1937 sous le nom de « Pervitin ».

L’armée allemande a ainsi usé et abusé de l’utilisation de cette drogue pour rendre ses soldats plus combatifs. N. Ohler révèle que pour l’invasion de la France, l’Allemagne nazie aurait commandé près de 35 millions de gélules de « Pervitin », et va même jusqu’à affirmer que « La défaite française est due pour partie à la drogue ». Cette stratégie fut de plus peu coûteuse, puisque la consommation journalière d’un soldat ne revient qu’à 16 pfennigs au IIIème Reich (16 centimes de Mark, selon la parité franc/mark de 1944, et compte tenu de l’érosion monétaire, cela correspondrait à 90 centimes d’euro de 2015).

On trouve ici l’un des grands paradoxes nazis : alors qu’ils voulaient promouvoir l’idée d’une race dite « supérieure » en y associant le culte du corps sain, beaucoup d’Allemands étaient à cette époque drogués…

L’aboutissement de cette stratégie guerrière par la drogue devait prendre place avec la D-IX : 5 mg de cocaïne, 3 mg de méthamphétamines, 5 mg d’un dérivé de morphine. Avec ce cocktail, les nazis pensaient pouvoir définitivement gagner la guerre. Pour mettre au point ce dosage, ils ont fait des tests dans les camps de concentration, et ont réussi à faire porter sur presque 100km des poids de l’ordre de 20 kg.

Mais toutes ces drogues ont également eu de lourds effets secondaires pour la population qui en a consommé. La dépendance au Pervitin était très forte comme le démontre la publication des lettres du prix Nobel de littérature H. Böll dans le quotidien allemand « Spiegel ». Plus grave encore, les autorités allemandes ont relevé de nombreuses crises de paranoïa, ou bien même des crises cardiaques.

Hitler, le plus grand camé du XXème siècle !

74 : c’est le nombre de médicaments/drogues, qu’Hitler aurait pris durant ses années de dictateur nazi ! Méthamphétamines, stéroïdes, eukodal, cardiazol, cocaïne, testostéröne, amphétamines, morphine, ne sont que quelques unes des substances que le médecin privé d’Hitler, le docteur T. Morell lui a administré. Si l’on additionne le tout, l’armoire à pharmacie d’Hitler vaudrait aujourd’hui plusieurs dizaines de milliers de d’euros ! En effet un gramme d’Eukodal peut se négocier actuellement jusqu’à 1000 euros le gramme.

C’est grâce aux notes que le docteur Morell a pris sur l’état de santé d’Hitler, ainsi que sur tous les traitements qu’il lui a administré, que nous savons aujourd’hui que celui-ci vivait comme un véritable junky. Méthamphétamines pour se réveiller, injections de sperme de taureau pour assurer avec Eva Braun, sédatifs pour bien dormir : ce fut en quelque sorte le métro-boulot-dodo du chef du IIIème Reich.

Hitler avait en fait une peur bleue de tomber malade. Le documentaire de Channel 4 reprenant le dossier médical d’Hitler affirme qu’il était tout simplement hypocondriaque. C’est ce qui explique que ce dernier absorbait souvent près de 10 substances différentes, et qu’il avait besoin de ses injections journalières de stimulants et de sédatifs.

Cette addiction aux drogues et médicaments a certainement eu une importance notable sur le cours de l’Histoire. En effet, quand Mussolini rencontre Hitler en 1943 pour lui annoncer qu’il projette de faire la paix avec l’URSS, Hitler arrive à retourner la situation et à le faire changer d’avis alors qu’il avait pris deux doses d’eukodal (dérivé d’opium).

L’héroïne durant la guerre du Vietnam.

La guerre du Vietnam a elle aussi eu son lot d’excès en tout genre, et particulièrement en ce qui concerne l’usage de l’héroïne et plus généralement des opiacés. Si pendant la guerre l’armée a contrôlé en moyenne 11% de soldats positifs à l’héroïne, ce serait en fait selon les estimations les plus récentes entre 38% et 45%. Cela s’explique bien évidemment par la rudesse de cette guerre mais également par les prix bon marché de l’opium : la dose est alors vendue 1$. Pour les trafiquants, le marché des militaires fut donc gigantesque, et il sera plus tard estimé à 88 millions de dollars.

Contrairement aux deux guerres mondiales, où le recours aux drogues était prohibé, pendant la guerre du Vietnam, les drogues sont toujours considérées comme illicites, et pourtant l’usage d’héroïne par les soldats aura un retentissement sur le territoire américain. C’est ainsi qu’un journal américain (le Washingtonian) déclare que 75% des troupes mobilisées au Vietnam étaient complètement défoncées. Cela ne s’explique donc pas uniquement par l’usage d’héroïne. En effet, une autre drogue est monnaie courante là-bas : la marijuana ! On estime que près de 70% des soldats américains en place au Vietnam avaient un petit penchant pour la Marie-Jeanne. Pas étonnant à 1,50$ le gramme pour la meilleure weed du marché !

La consommation de drogues a donc été perçue aux Etats-Unis comme l’un des facteurs de l’échec au Vietnam. Le président Nixon s’est même penché sur le problème, tant la polémique fut grande. C’est à partir de ce moment-là que des tests de dépistage ont été mis en place, et que des mesures concernant la désintoxication des soldats ont été prises. Pour autant le laxisme sur place a été maintenu car la drogue avait de nombreux bénéfices pour l’armée…

L’armée américaine a ensuite été confrontée au problème de l’addiction des soldats. C’est environ 20% des hommes qui deviennent accros pendant leur service au Vietnam. Ce problème pouvait apparaître d’autant plus grand que l’héroïne, et les opiacés dans leur généralité, sont des drogues très addictives. Mais pourtant, fait stupéfiant, les études ont montré que seul 5% des soldats ont consommé à nouveau de l’héroïne durant les 10 mois suivant leur retour sur le sol américain. Le taux monte à 12% lorsque l’on s’intéresse aux 3 ans qui suivent le retour aux USA. Cette guerre a été l’une des raisons principales du développement massif du marché de l’héroïne sur le territoire américain. Frank Lucas, le parrain de l’héroïne pendant les années 1970, estime avoir gagné près de 250 millions de dollars via les importations en provenance du Vietnam !

Pour marcher un couple a besoin de complémentarité, c’est pourquoi je peux dire sans sourciller que la guerre et la drogue se sont parfaitement trouvées. Quand la drogue réclame des consommateurs, la guerre lui sert des armées. Et lorsque la guerre nécessite abnégation et argent, la drogue lui apporte des hommes devenus machines et un business florissant.

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