Snapchat : le fantôme prochainement à Wall Street

Snapchat : le fantôme prochainement à Wall Street

Alors que beaucoup s’inquiètent quant à la pérennité de l’application Snapchat, celle-ci prépare une introduction en bourse depuis mai 2015. Principal concurrent des réseaux sociaux tels que Facebook ou Twitter, Snapchat a su se faire une place dans le cœur de la jeunesse à travers le monde. Cependant, les nouvelles directions prises par le groupe, qui avance en solo, attisent les critiques et inquiètent les investisseurs. Snapchat, start-up d’avenir ou invention éphémère ?

Un fantôme à Wall Street ?

Snapchat est une application pour smartphone de partage de photos et vidéos conçue et développée par des étudiants de l’université de Stanford, et en particulier par son actuel directeur général Evan Spiegel. Disponible sur App Store depuis 2011, l’application s’est rapidement imposée. Nouveau moyen de communication basé sur le droit à l’oubli, Snapchat est désormais indispensable aux côtés de Facebook, Twitter ou Instagram.

Le 17 mai 2012, Facebook faisait son entrée en bourse. C’est alors la plus grosse introduction dans le domaine des hautes technologies en terme de capitalisation et de levée de fonds aux Etats-Unis – 421 millions d’actions au prix de 38 dollars chacune. Sauf que rien ne se passe comme prévu. Dans un premier temps, un bug retarde la première cotation du titre, et début juin 2012, le titre Facebook a déjà perdu 24% de sa valeur moins d’un mois après son introduction. L’entrée en bourse est alors clairement un raté. Cependant, trois ans plus tard, la valeur du titre atteint les 80 dollars. Twitter suit alors le mouvement en Novembre 2013, mais comme on dit « Petit oiseau si tu n’as pas d’aile, et bah tu ne peux pas voler », l’entreprise n’est pas encore rentable et les dirigeants eux-mêmes savaient que l’IPO (Initial Public Offering) était dangereuse. Le cours est très volatile depuis 2 ans, et est actuellement autour de 25,5 $, en-dessous de sa valeur d’introduction (26$). Le graphique ci-dessous montre en effet la schizophrénie du cours, correspondant à l’actualité mouvementée de l’entreprise. Depuis août 2015, c’est une crise de gouvernance qui pose problème…

Cela étant, Snapchat l’a bien compris. Aujourd’hui, si l’on veut économiquement faire face aux grands réseaux sociaux, on s’introduit en bourse, point final. Avec ses 330 salariés, l’entreprise officialise sa décision d’être une grande en mai 2015. Snapchat est maintenant valorisée à 16 milliards de dollars, grâce à de nombreux investisseurs tels qu’Alibaba, le géant chinois, et à des levées de fonds s’élevant à 537,6 millions de dollars.

Cette décision n’est pas seulement motivée par l’égo d’Evan Spiegel. Le climat semble en effet favorable à une IPO de l’application, car la bulle internet actuelle devrait, selon les spécialistes, bientôt éclater. En effet, une bulle qui éclate, ce sont des prix qui chutent et des taux d’intérêts élevés. Or, pour les investisseurs, des taux d’intérêt élevés sont synonymes de sécurité et c’est reparti pour une nouvelle bulle !

Snapchat n’est pas Facebook

C’est bien beau de vouloir faire comme les grands, mais il faut aussi être réaliste. Snapchat est loin d’avoir l’impact de Facebook. En terme d’audience pour commencer, les deux réseaux sociaux sont incomparables. Snapchat est le 10ème réseau social dans le monde avec 100 millions d’utilisateurs en 2015 contre 1,340 milliard pour Facebook.

Plus encore, 71% des utilisateurs de Snapchat ont moins de 25 ans. Comment peut-on financièrement compter sur une entreprise qui n’a pour client que des cervelles en formation dont les seuls intérêts prévisibles sont l’alcool, la drogue et le sexe ? Il suffirait presque que Justin Bieber boycotte Snapchat pour que l’audience de l’application chute de moitié (65% sont des femmes). Facebook compte aujourd’hui des utilisateurs de tout âge, dont les intérêts peuvent être oisifs autant que professionnels. La plateforme sociale est en effet beaucoup plus malléable de part la multiplicité des fonctions et utilisations possibles, consolidant l’encrage de Facebook dans notre société.

Mais Facebook n’est pas Snapchat

Si Facebook a proposé le rachat de Snapchat pour 3 milliards de dollars, alors qu’il a acheté Instagram pour seulement 1 milliard, c’est parce que malheureusement Facebook n’est pas Snapchat.

L’application va à l’encontre des principaux réseaux sociaux de part son fonctionnement et ses principes. Quand Instagram contient des millions d’albums photos narcissiques en ligne, Snapchat permet de partager n’importe quelle photo amusante – ou plutôt dénudée – sans avoir a priori à en assumer les conséquences. En proposant une messagerie sans mémoire, Snapchat fait d’autant plus d’ombre au trombinoscope géant.

Les selfies, le « sexting » ou encore la flemme d’écrire des SMS sont des tendances qui expliquent sans doute l’apogée des snaps, que Facebook ne pourra pas combler.

En effet, les plus vives critiques à l’égard des réseaux sociaux reposent sur l’utilisation – illégales ou non – des données personnelles à des fins commerciales. Or Snapchat en a fait la promesse, symbolisée par le fantôme de leur logo : toutes les données personnelles sont effacées automatiquement du serveur. Bon, il faut maintenant être honnête, sur ce point ils se sont ratés…

Que vaut alors l’application ?

Snapchat est incontestablement une valeur montante dans le domaine des applications, mais les scandales d’une part et les critiques quant à son évolution d’autre part pèsent sur la valeur de l’entreprise pour beaucoup de spécialistes.

Le 31 décembre 2013, 4,6 millions de comptes sont piratés. Une première faille, qui remet tout de même l’intégralité de la promesse de Snapchat en question, est révélée au grand jour. Et si les développeurs s’attèlent à renforcer la sécurité du serveur depuis, le piratage des données n’en reste pas moins possible. Le droit à l’oubli, atout marketing de Snapchat, devient alors sa plus grande faiblesse.

Dès lors Snapchat mise sur d’autres fonctionnalités, d’autres promesses. Comme ses concurrents, l’application se veut être une fenêtre ouverte sur le monde. L’apparition de Discover en janvier 2015 n’a pourtant pas particulièrement plu à ses utilisateurs, comme d’ailleurs les dernières mises à jour de l’application qui feraient planter celle-ci… Evan Spiegel a cependant l’ambition d’être un des premiers médias à relayer les élections présidentielles américaines de 2016.

Avant Discover, Snapchat a établi un partenariat avec Sony pour une plateforme musicale ainsi que l’application dérivée de remboursement Snapcash. On n’insistera pas sur le fait qu’on n’en a pas beaucoup entendu parler.

Heureusement, Snapchat peut aujourd’hui encore compter sur sa popularité, de nombreuses célébrités utilisent l’application et le nombre d’utilisateurs continue de croître.

La dernière question que l’on est en droit de se poser: Snapchat peut-il compter sur la confiance simultanée de ses investisseurs et de ses utilisateurs ?

Snapchat a accéléré sa monétisation – action de convertir un actif Internet, une audience le plus souvent, en chiffre d’affaires – pour attirer les investisseurs et permettre son entrée en bourse. En effet, la start-up devrait atteindre les 200 millions de dollars en 2016. De plus, les contrats passés avec les chaînes d’information CNN, Yahoo ou encore MTV pour Discover, qui ne génèrent pas directement des revenus, sont à l’origine de la valorisation de l’application à plus de 15 milliards de dollars. Mais qu’en pensent les utilisateurs qui comptaient sur une plateforme sans publicité ni intérêt économique derrière l’envoi de photos compromettantes ? A-t-on envie de payer pour utiliser les nouvelles fonctionnalités ? L’avenir nous le dira…

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