« La voiture est le troisième testicule de l’homme moderne » : le véhicule autonome, le quatrième ?

« Ajouter une par une les briques de l’autonomie »

C’est à demi-mot que Carlos Ghosn, PDG de Renault-Nissan a reconnu, lors du Web Summit 2016 à Lisbonne, l’enjeu que représentaient les véhicules autonomes. Mais ce « grand ami » d’Emmanuel Macron ne s’y trompe pas : il est aujourd’hui impératif pour les géants de l’automobile de collaborer avec startups, instituts de recherche et universités pour ne pas se retrouver à la traîne dans la course à ces véhicules tout droit sortis de Retour vers le futur.

Les géants de la Silicon Valley ont pris les devants…

            Et si la question est d’autant plus urgente, c’est que devant, les Tesla, Google, Apple ou encore Uber se sont déjà penchés sur la question, avec plus ou moins de succès.

Tesla se place en pionnière dans le secteur : c’est la première entreprise à avoir déjà doté certains de ses modèles d’un mode autonome, dit hands-off, c’est-à-dire où le conducteur doit être en capacité de reprendre le contrôle du véhicule à tout moment. Parce qu’en cas d’inattention, les ennuis peuvent vite arriver. En Juillet, la défaillance du système de pilotage automatique Autopilot a coûté la vie à un usager. L’erreur : confondre un camion blanc qui aurait traversé l’autoroute… avec le ciel ensoleillé.

Cela n’a pas affecté les ambitions du fantasque Elon Musk, qui a annoncé qu’il serait possible de rallier Los Angeles depuis New York dès 2017. Pour cela, il a présenté le 19 Octobre dernier une nouvelle série de capteurs qui permettrait d’obtenir une autonomie complète du véhicule. Mais cette technologie dernier cri, offrant une visibilité à 360°, et ce jusqu’à 250 mètres à la ronde, a un coût : 12 000$ d’assemblage par voiture. Soit plus que le coût de fabrication de la voiture elle-même.

Tesla Modèle S

Google a adopté une stratégie plus prudente : près de 3 millions de km de tests parcourus depuis 2009, avec au volant de la flotte des conducteurs professionnels et formés.

L’objectif affiché est d’atteindre une autonomie de niveau 4, c’est-à-dire eyes-off : un véhicule totalement autonome, dépourvu de volant ou de pédales.

Apple n’a pas connu la même réussite. La firme de Cupertino a en effet annoncé le passage au second plan du « Projet Titan », qui visait à commercialiser à terme un véhicule électrique, autonome, et à reconnaissance digitale. Plusieurs centaines de suppressions de postes sont à pourvoir selon Bloomberg. La direction préfère sans doute focaliser les efforts de la firme sur la taille du futur iPhone 8, qui devrait dépasser toutes les espérances…

Cependant pas d’inquiétudes, en ces temps où consommer français est devenu cause nationale, sachez que les startups françaises ne sont pas en reste, et ont su se tailler une place sur le marché. A l’instar de Valeo, qui, pour la promotion de sa voiture autonome Cruise4U, a annoncé un tour d’Europe de 5 semaines, pour un total de 13 000 kilomètres.

 

… et derrière course à l’armement chez les constructeurs automobilistes

 

            Les constructeurs automobiles se sont d’abord timidement intéressés à la question de l’autonomie de leurs véhicules à travers leurs modèles haut-de-gamme, désormais tous dotés de plus ou moins d’équipements : freinage automatique, lecture des panneaux de signalisation, etc.

Mais ils ont tous dû se rendre à l’évidence : l’enjeu du tout autonome était trop important, et les risques de vaches maigres durant les prochaines décennies étaient considérables s’ils ne commençaient pas à se pencher sur la question.

Et les investissements sont arrivés en chaîne. 1 milliard de dollars investis par General Motors dans un centre de recherche dédié à ces véhicules au Canada. 600 ingénieurs supplémentaires, et un investissement de 150M en commun avec le chinois Baidu pour Ford. Volvo a investi 300 millions en commun avec… Uber. Mercedes travaillerait même sur un camion autonome longue distance pour 2025.

Le futur camion autonome Mercedes : routier, profession de l’année 2025

Tous l’ont compris, il faudra être prêt quand ces véhicules commenceront à se démocratiser. Et vous serez peut-être assis confortablement dans une voiture autonome plus tôt que vous ne le pensez : selon le cabinet Mc Kinsey & Co, les voitures sans chauffeurs représenteront 15% du parc automobile en 2030.

Quel impact sur votre quotidien ?

Les véhicules autonomes permettent d’abord d’envisager à terme une fluidification de la circulation urbaine. Le cabinet Roland Berger a ainsi publié une étude sur les transports en commun du futur : les robocabs. Selon cette étude, on devrait voir apparaître d’ici 2025 des navettes et des VTC autonomes, dont le coût serait 4 fois inférieur à celui du taxi. L’étude annonce qu’en 2030, 26% des trajets s’effectueraient par ces robocabs. Seul inconvénient : des grèves de taxi, des opérations escargots, voir des agressions sur des robocabs sont à prévoir dans tout le pays…

Mais les taxis ne sont pas les seuls à grincer des dents : le marché de l’assurance pourrait souffrir de l’arrivée sur le marché de ces nouveaux véhicules, censés réduire sensiblement le nombre d’accidents. Et s’il n’y a plus d’accidents, il n’y a plus de prime d’assurance. Problématique quand on sait le secteur représente environ 200 milliards annuels aux USA. Soit environ le PIB du Portugal en 2015.

Finalement, pour les sociétés d’assurances, vous êtes plus rentables morts sur la route que bien installés dans une navette autonome.

Ces nouveaux modes de transport pourraient en revanche changer la vie des personnes à mobilité réduite. En effet, des chercheurs du MIT ont conçu en collaboration avec l’université de Singapour un scooter autonome ; capable de réagir à un changement d’environnement, doté d’un GPS et d’un service de localisation. Il pourrait permettre à ces personnes de retrouver une certaine liberté de mouvement.

Mais la berline autonome de vos rêves n’est pas pour demain…

Si vous venez de souscrire un crédit à 5% sur 20 ans pour vous offrir un véhicule diesel, ne vous faites pas de soucis : il est en effet assez utopique de s’imaginer que l’intégration de ces véhicules sur nos routes soit aussi simple que ça. Il s’agira d’adapter le code de la route : qui est responsable en cas d’accidents entre un véhicule autonome et un véhicule traditionnel ?

Ces véhicules soulèvent également un problème moral : que décidera l’algorithme qui régit le véhicule lorsqu’il s’agira de choisir entre la vie du passager et la vie du piéton ?

Une enquête menée conjointement par des instituts français (IAST, CNRS) et américains (Université de l’Oregon, MedioLab du MIT) et publiée dans la revue Science montre qu’il sera difficile de régir les décisions morales des voitures autonomes. Si l’on choisit de sauver le piéton, quel usager voudrait acheter un véhicule qui le condamnerait en cas d’urgence ?

Alors ne vous attendez tout de même pas à voir des VTC autonomes aux abords des gares et des aéroports d’ici la fin de l’année. Comme le dit le journaliste Philippe Meyer, « le progrès a encore des progrès à faire ».

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