Devenue le premier marché mondial de véhicules, la Chine fait rêver l’automobile depuis longtemps. Cependant l’annonce récente du rachat du suédois Volvo par le chinois Geely, se pose comme symbole d’une montée en puissance des pays émergents asiatiques dans le secteur automobile. Désormais c’est le marché international qui semble séduire les constructeurs chinois et indiens.
Croulant sous les dettes et subissant de plein fouet la crise mondiale, les Big Three ont organisé depuis quelques mois un recentrage stratégique sur leurs marques nationales. Ainsi Ford a depuis 2008 entrepris de céder ses marques prestigieuses. Profitant des difficultés des constructeurs occidentaux, les entreprises indiennes et chinoises font leurs emplettes, même à prix d’or. En effet, en 2008 le groupe indien Tata s’est offert Jaguar et Land Rover à Ford pour 2,4Md$. De même le chinois Geely vient d’annoncer l’achat prochain de Volvo pour près de 2Md$ alors que la firme affiche une chute de 37% des ventes et un déficit de 237 millions de dollar au deuxième trimestre 2009. Mais quelle est la volonté cachée de ses constructeurs asiatiques prêts à acheter à perte des marques occidentales ?
Tout d’abord, les groupes Tata et Geely sont leaders sur leurs marchés nationaux respectifs. Ils bénéficient alors d’une surface financière importante afin de satisfaire leur frénésie d’achats. Ainsi la Chine met fin aux attaques contre ses véhicules clones en changeant de stratégie et en rachetant des marques établies à haut savoir-faire. Ce revirement stratégique doit permettre à l’empire du Milieu de multiplier par quatre sa production automobile d’ici 2015 et de passer de 4% à 10% de parts de marché au niveau international.
En second lieu, les constructeurs occidentaux procurent à leurs acquéreurs un accès privilégié aux marchés européens et américains, grâce à leurs nombreuses concessions et à leur vaste implantation. De plus, ces acquisitions permettent d’accéder rapidement à la haute technologie à moindre frais. Ainsi Jamshed Tata, le président du groupe éponyme, a annoncé avoir gagné 15 ans de recherche et développement avec l’achat de Jaguar et Land Rover. Ce gain technologique permet aux constructeurs asiatiques, réputés pour des modèles rudimentaires et bon marché, d’améliorer leurs propres modèles pour les proposer ultérieurement, à la fois sur les marchés occidentaux, mais aussi sur leur propre marché où la classe aisée s’accroît rapidement. Outre ce gain technologique, Geely et Tata ont ou vont récupérer des appareils productifs performants et entièrement modernisés et des marques emblématiques, qui bénéficient d’un statut particulier dans les anciennes colonies britanniques.
Ses rachats chamboulent l’échiquier mondial de la production automobile, avec un glissement vers l’Asie. La concurrence dans les prochaines années s’annonce donc de plus en plus rude pour les constructeurs européens. Toutefois, ces acquisitions peuvent s’avérer à double tranchant ; concilier des cultures d’entreprises si différentes peut en effet être impossible, et le financement de ces acquisitions peut devenir fatal pour la solidité financière des acquéreurs, comme le montre les difficultés éprouvées par le groupe Tata après le financement de Land Rover et Jaguar par l’emprunt.





